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Quand je serai grande, je serai polyglotte - 3/3

15/03/2021

(Suite de l'article Quand je serai grande, je serai polyglotte - 2/3)

Mon mari avait vécu un an en Grèce, à Athènes, après sa dernière année d'étude en Angleterre, à Brighton. Il parlait donc déjà le grec moderne et avait plein d'amis grecs à Paris. J'ai donc eu envie moi aussi de comprendre cette langue si belle et attirante.

Le grec moderne m'a ouvert les yeux sur l'origine de nombreux mots français.

  • Le mot polyglotte par exemple, vient du grec ancien πολύγλωσσος (polúglôssos) qui signifie "qui parle plusieurs langues" - composé de
    • πολύς (polús = plusieurs )                                               
    • γλωττος qui est devenu γλῶσσα (glôssa = langue )
  • Le prénom Victoria vient du grec Νίκη, que l'on prononce"niki", qui était la déesse grecque de la Victoire. La célèbre marque Nike, qui se prononce "Naïki" à l'anglaise, vient du même mot grec Νίκη etc.

 

Greek alphabet

En une année d'étude de la langue à l'INALCO, plus des repas chez des amis grecs et un bain de culture grecque grâce au centre culturel hellénique de Paris, je comprenais beaucoup de choses, je savais lire, mais je n'arrivais toujours pas à parler la langue. Je ressentais comme un blocage. Nous avons donc fait un voyage en amoureux d'un mois en sac à dos en Grèce (Athènes et 4 îles des Cyclades : Naxos, Ios, Paros et Santorin). Les grecs des îles grecques ne parlaient ni français, ni anglais, ni espagnol. J'ai donc dû me jeter à l'eau et parler grec. Ce que j'ai ressenti alors était extraordinaire. Cela faisait environ 3 ans que j'étais immergée dans la langue grecque en France, que je comprenais presque tout, et là, en arrivant sur le sol grec, je me suis sentie chez moi. J'étais pourtant à l'étranger mais j'entendais une langue qui m'était très familière. En quelques jours, je me lançais et je parlais enfin grec moderne. Tous les blocages que j'avais eus jusque-là quand j'étais en France s'étaient envolés une fois en Grèce. Aujourd'hui encore, j'apprécie écouter de la musique grecque, lire un peu du grec - histoire de ne pas perdre ce que j'ai appris. J'ai l'impression que je ne sais plus du tout parler la langue, mais je sais qu'un petit voyage réactiverait la zone de mon cerveau qui stocke tout ce que j'ai emmagasiné en presque 5 ans.

Puis, nous avons quitté Paris pour Montpellier. Encore une fois nous avons noué des amitiés fortes avec des anglophones. Ma meilleure amie était d'ailleurs américaine. C'est à Montpellier que j'ai trouvé mon premier vrai job de maîtresse dans une école bilingue. J'enseignais des grandes sections et des CP. Je partageais la Grande Section avec la directrice qui se chargeait du français. J'enseignais pour ma part toutes les matières en anglais.

A Montpellier, au début des années 2000, il y a eu soudainement énormément d'étudiants chinois. Nous avons rencontré Tao, qui est devenu un ami. Il nous appris les bases de la cuisine chinoise et un peu sa langue aussi, que nous apprenions aussi par nous-mêmes avec l'incroyable méthode de langue orale Pimsleur. En échange, nous lui apprenions le français. 

Chinese poster

 

Puis nous sommes partis rejoindre nos parents respectifs en Bretagne, qui voulaient voir grandir leur unique petite fille. En plus de la communauté anglophone, dont nous n'avons jamais pu nous passer, nous avons eu le bonheur de faire des belles rencontres parmi une communauté de bengali, puis d'iraniens et d'afghans.  Nous avons aidé bénévolement une famille de réfugiés du Bangladesh puis d'Iran. On communiquait en anglais lorsque nous avons rencontrés ces familles, puis nous leur avons appris le français, et eux nous apprenaient leur langue.

Le persan est une langue indo-européenne très poétique. L'alphabet est arabe mais la langue est aussi différente de l'arabe que l'allemand l'est du français. Le persan est la seule langue pour laquelle nous avons acheté et utilisé la méthode Assimil

Persian alphabet

Toutes ces rencontres étaient si riches. Parmi les femmes réfugiés que j'ai rencontrées certaines étaient des maîtesses d'école dans leur pays d'origine et avaient dû fuir à cause de la guerre. C'est à cette époque que j'ai lu Mille Soleils Spendides en anglais -A Thousand Spendid Suns - du célèbre auteur afghan, qui vit aux USA depuis 1980, Khaled Hosseini

A thousand Spendid SunsUSA Today a écrit : “Hosseini’s writing makes our hearts ache, our stomachs clench, and our emotions reel.” C'est tellement vrai ! J'ai beaucoup pleuré quand j'ai réalisé ce qui s'était vraiment passé à Kaboul quand les américains ont bombardé la ville composée essentiellement de civils innocents (dont des femmes et des enfants) suite aux attentats du 11 septembre 2001 à New York. J'ai aussi relu Not without my daughter (Jamais sans ma fille) de Betty Mahmoody, puis découvert la suite de son histoire dans son roman For the love of a child (Pour l'amour d'un enfant) etc. La lecture de ces romans afghans ou iraniens prennent une toute autre dimension quand les mots en persan ou dari cités en italique sont familiers !

En fait, toutes ces expériences linguistiques ont été plus qu'enrichissantes. Aujourd'hui je n'ai plus du tout ce rêve de devenir polyglotte (πολύγλωσσος). Mais les quelques langues que j'ai apprises ou avec lesquelles j'ai été en contact, plus ou moins intensément, ont avant tout été de merveilleuses expériences humaines. Apprendre une nouvelle langue c'est aller à la rencontre de l'autre, découvrir un autre univers, faire des expériences culinaires exceptionnelles qui nous infuencent pour le reste de notre vie, pénétrer dans la culture de gens dont on n'aurait jamais imaginé devenir un jour les amis.

A part le persan que je pratique un tout petit peu chaque semaine avec mon amie iranienne et grâce à la méthode Pimsleur, je continue d'entretenir mon anglais encore et toujours : en parlant avec des anglophones, en lisant en anglais, en regardant des films ou séries en anglais, en écrivant des albums jeunesse, en préparant mes cours d'anglais chaque semaine, en suivant des comptes de prof. anglophones sur Instagram... Tout comme on ne connaîtra jamais tous les mots de notre langue maternelle, on ne connaîtra jamais tous les mots d'une langue qu'on apprend. A défaut de pouvoir voyager en pays anglophone, je suis très tentée par les cours d'anglais d'un couple très sympathique et professionnel qui enseigne des niveaux très avancés d'anglais et notamment des professeurs d'anglais du monde entier qui ne sont pas des native speakers. Ils sont anglais et vivent en Russie. Comme mon mari et moi, ils travaillent en couple et sont à leur compte. Ils ont fondé MyEng.uk. Je chat souvent avec eux sur Instagram. Le même style de cours d'anglais assez intensif est proposé par Stefanie, the English Coach, une américaine que je suis sur Youtube et Instagram aussi, la fondatrice de  English Fulltime.

Apprendre une langue peut être le projet de toute une vie ! Mais attention à ne pas passer à côté de l'essentiel...

Ce que je retiens de toutes ces expériences passées, c'est que parler une langue étrangère, c'est avant tout aller à la rencontre de personnes. Dans le cadre de l'anglais, cela signifie rencontrer des britaniques, américains, canadiens, néo-zélandais, indiens, ou des anglophones de pays africains ou îles anglophones... D'où l'importance pour moi que mes élèves aient des correspondants anglophones avec qui ils peuvent échanger des lettres, mais aussi des vidéos. A Lessons4kids, nous avons des programmes d'échanges linguistiques avec des anglais et des américains.

J'enseigne l'anglais depuis plus de 25 ans et j'aime mon métier. J'aime enseigner un anglais utile et pratique. Un anglais qui se parle aujourd'hui. Pour moi l'anglais n'est pas "la langue de Shakespeare" - je n'ai d'ailleurs jamais compris ni apprécié Shakespeare - que j'ai été obligée d'étudier à l'Université. Je préfère de loin Jane Austen ou Elizabeth Gaskell ou encore Lucy Maud Montgomery.

Je ne suis pas une puriste de l'accent British comme beaucoup de prof. au collège. J'avoue avoir tout de même une préférence en terme d'accent anglais. J'ai un faible pour l'accent écossais. Nous avions d'ailleurs prévu un voyage en Ecosse en 2020, malheureusement il a été reporté pour cause de pandémie.

A votre avis, vais-je résister à la tentation d'apprendre le Gaélique Ecossais ?

(Fin)