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Quand je serai grande, je serai polyglotte - 2/3

08/03/2021

(Suite de l'article Quand je serai grande, je serai polyglotte - 1/2)

Un beau jour, mon choix était fait, ce serait une fac d'anglais, mais pas n'importe laquelle : l'Université de Paris 7, qui avait à l'époque un Institut Anglophone dans le quartier du Marais, de l'autre côté de la Seine : l'Institut Anglophone Charles V. Presque pas de cours en amphi, presque pas de cours magistraux, mais des salles de classe avec des profs en majorité anglais ou américains avec qui on pouvait vraiment échanger. Ces années dans le Marais (4ème arrondissement de Paris) étaient juste merveilleuses, stressantes mais extraordinairement riches. Je passais beaucoup de mon temps libre à Beaubourg, à travailler dans la bibliothèque ou à visiter encore et encore le musée d'Art Moderne, grâce à mon Pass étudiant. Je me nourissais d'art, d'anglais et de livres. Je fréquentais la librairie Shakespeare, près de Notre Dame ou encore la librairie des langues Attica dans le 10ème arrondissement. C'est à Paris que j'ai rencontré l'homme de ma vie. Nous écrivions alors des chansons (lui composait à la guitare et moi j'écrivais des textes en anglais et en français). Nous avons passé des heures sur les quais de Seine avec la guitare à composer. Nous nous sommes mariés un 30 décembre alors que j'étais encore étudiante. Presque tous nos amis de cette période étaient anglophones. Nous rêvions de faire le tour du monde, de rencontrer Jean-Jacques Goldman (on espère toujours), de faire un disque et d'être polyglottes. 

C'est à cette époque que nous avons tous les deux commencé à faire de la traduction, mais aussi à donner des cours d'anglais particuliers, puis en entreprise à des adultes. Un tout petit job a probablement changé ma vie : Une école primaire publique d'un quartier très populaire de Paris a trouvé un de mes flyers et m'a recrutée pour enseigner l'anglais à des CP et CE1 après la classe en fin d'après-midi. Ils appelaient ça les "Ateliers Points Bleus". Je n'avais pas encore eu l'idée d'enseigner l'anglais aux enfants. J'avais carte blanche pour choisir moi-même ma méthode. J'ai filé dans la librairie des langues Attica (qui n'existe plus) et une libraire m'a très judicieusement conseillée la méthode Super Me, publiée chez Oxford University Press. Ce fut la révélation, le coup de foudre immédiat tant pour la méthode de langues (que j'ai toujours d'ailleurs) que pour les enfants. Dans cette école, j'ai rencontré des enfants de beaucoup de nationalités (chinois, arabes, indiens, africains...) et j'ai entrepris de les interviewer et de réaliser avec eux un travail de recherche sur le bilinguisme chez l'enfant pour mes études. J'étais arrivée au constat, qui est très connu et reconnu aujourd'hui, que les enfants qui avaient déjà deux, voire plus encore, de langues maternelles, avaient beaucoup plus de facilités pour apprendre l'anglais que ceux qui ne parlaient qu'une seule langue. Ce sujet - le bilinguisme chez l'enfant - me passionnait et la capacité de ces enfants étrangers me fascinait. Nous n'avions pas Internet à l'époque ; toutes les recherches s'effectuaient uniquement à la Bibliothèque Universitaire. Il a fallu que je lise des dizaines de livres pour trouver les réponses à mes questions et accéder à des recherches de linguistes sur le bilinguisme précoce. Les travaux de recherche devaient ensuite être tapés à la machine à écrire. J'y passais des heures ! Entre-temps, mon mari a créé sa première entreprise de création de sites Web (une Partnership) avec un ami anglais, qui vivait à Oxford pendant que je terminais mes études. On a adoré Oxford et eu le privilège de visiter plusieurs colleges grâce à une amie de notre associé, qui y avait fait ses études, et avait un pass à vie.

Puis, toujours à Paris, mon mari et moi nous sommes pris d'amitié pour des réfugiés du Bangladesh. La plupart d'entre eux vendaient des fleurs dans le métro, des bouquets de rose. Nous avons sympathisé avec l'un d'entre eux, puis deux, puis trois. Nous avons ensuite rencontré leurs familles, écouté leurs histoires passionnantes (en anglais), mangé avec eux par terre et avec les mains leurs délicieux plats épicés composés de riz et de poissons. Un beau jour, nous nous sommes dits : "Et si on apprenait le bengali ?" Nous avons été acceptés dans leur centre culturel qui donnait des cours de bengali aux enfants des familles réfugiées le dimanche. Nous nous retrouvions sur les bancs de l'école du dimanche à apprendre à lire et écrire cette magnifique langue, très graphique, en compagnie des enfants, qui, parfois, se moquaient un peu de nous et de notre accent. Nous ne sommes pas allés bien loin dans l'apprentissage de cette langue, mais comme ces moments ont été formateurs et enrichissants d'un point de vue humain et linguistique ! Nous nous mettions à la place de ces gens déracinés, si loin de leurs proches, et qui, en plus, devaient apprendre une langue très différente de leur langue maternelle.

Bengali

Il fallait ensuite que je choisisse une 2ème langue dans le cadre de ma licence LLCE d'anglais. Au lieu de poursuivre l'espagnol, j'ai choisi d'apprendre le grec moderne à l'INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales).

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, n'est-ce pas ? 

(à suivre...)