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Quand je serai grande, je serai polyglotte - 1/3

01/03/2021

"Quand je serai grande, je serai polyglotte", tel était mon rêve, ou plutôt mon objectif, quand j'avais 20 ans.

Qu'en est-il une vingtaine d'années plus tard ?

Avant de répondre à cette question, revenons quelques années avant mes 20 ans.

J'ai commencé à apprendre l'anglais, comme beaucoup de personnes de ma génération, à l'entrée en classe de 6ème. Les quelques langues que j'avais entendues auparavant étaient le breton par ma grand-mère paternelle et le polonais par mon grand-père maternel. Peut-être aussi un peu d'espagnol, car je suis allée en vacances en Espagne quand j'étais toute petite.

Je n'ai pas spécialement accroché avec l'anglais en 6ème car je n'ai pas aimé la prof tout simplement et j'ai bizarrement assez peu de souvenirs de ma découverte de l'anglais au collège, sinon que je trouvais l'apprentissage de cette langue plutôt facile. J'apprenais aussi le chinois en dilettante le samedi après-midi, mais je n'accrochais pas particulièrement. Vers mes 12 ans, nous avons passé un mois d'été en Espagne. Ma soeur a aussi eu une correspondante espagnole qui avait passé des vacances avec nous. Nous n'avions aucune affinité mais étions obligées de communiquer avec elle. En classe de 4ème j'ai adoré l'espagnol car la prof était extraordinaire. Dommage que je ne me souvienne plus de son nom. Elle avait des stylos gels multicolores qui rendaient les corrections de ses copies très jolies, ses ongles étaient toujours impeccables et elle expliquait super bien ! J'ai le souvenir que j'allais en cours d'espagnol avec un grand plaisir, et que je trouvais la langue plutôt facile. J'étais fière de connaître par coeur toutes mes conjugaisons. J'ai poursuivi l'espagnol avec facilité jusqu'au bac où j'ai obtenu un 16/20 à l'oral grâce à Garcilaso de la Vega et son poème : "En tanto que de rosa y azucena".

En tanto que de rosa y azucena
se muestra la color en vuestro gesto,
y que vuestro mirar ardiente, honesto
enciende el corazón y lo refrena...

Je me revois réciter ce poème avec beaucoup d'intonations et de passion. J'avais l'impression que les examinateurs croyaient que j'étais bilingue tellement je maîtraisais mon sujet ! Pourtant, je ne savais pas vraiment communiquer en langue espagnole.

Mon histoire avec l'espagnol s'est poursuivie grâce à un merveilleux voyage en sac à dos en Bolivie en 2006, avec mon mari et notre première enfant qui n'avait alors que 3 ans. Je n'avais pas pratiqué l'espagnol depuis des années, mais sur place tout me venait naturellement. L'espagnol de Bolivie est particulièrement facile à comprendre, et les boliviens ne parlent aussi vite que les espagnols. Là-bas, nous nous sommes intéressés à la communauté quechua et avons même acheté des livres et méthodes pour apprendre le quechua bolivien, cette langue si particulière, qui se forme à partir de préfixes, de radicaux et de suffixes. Par exemple, le mot sachakuna signifie arbres (sacha = arbre; kuna = la marque du pluriel).

El Salar de Uyuni

Notre fille dans le désert de sel - El Salar de Uyuni (Altitude + 3600 m)

Mais revenons à l'anglais. C'est au lycée que j'ai vraiment commencé à me prendre de passion pour l'anglais; et encore une fois grâce à une super prof en classe de seconde ! J'ai alors commencé à travailler dur à l'apprentissage de la langue anglaise et très vite j'ai éprouvé le besoin de lire en anglais, d'écouter de l'anglais et de parler avec des anglais. Je n'étais jamais rassasiée et je ne m'en lassais jamais. J'ai alors voulu partir en Angleterre pour apprendre plus vite et parler à des anglophones. 

A l'âge de 15 ans, j'ai démarché une à une des boutiques de ma ville pour leur proposer de travailler en tant que vendeuse pendant mes vacances afin de financer mon premier voyage en Angleterre. Ma détermination a ému une responsable de magasin qui m'a embauchée pour un mois d'été. Grâce à des amis d'amis, mes parents ont pu me trouver une famille franco-britannique de confiance qui acceptait de me loger. Je me suis envolée le mois suivant direction Londres !

London

La famille qui me logeait était amie avec une femme jamaïcaine, Verona. La Jamaïque, un état insulaire des Caraïbes, fait partie des Antilles britanniques (West Indies). Ils parlent officiellement l'anglais, mais aussi le créole jamaïcain, et ont gardé leurs bonnes habitudes culinaires exotiques et épicées - exactement comme les antillais français.

Nous avons sympathisé et Verona m'a fait visiter Londres de fond en comble. Comme elle travaillait, je visitais Londres parfois seule. L'époque était alors tellement différente ! C'était le monde d'avant les attaques terroristes, l'insécurité généralisée et le Coronavirus.

J'ai adoré la nourriture jamaïcaine, mais pas trop la nourriture anglaise, à part les Apple Pies avec ice-cream et Custard Cream, ou encore les cheesecakes que je dégustais dans les tea-rooms. J'ai adoré les amis so British de mes nouveaux amis, qui me chouchoutaient. Les petites françaises ne couraient pas les rues dans les quartier nord de Londres à cette époque. Je me souviendrai toujours de la raspberry pie de mon ami Lane, un monsieur pas tout jeune et d'une gentillesse extraordianire. Il avait cuisiné spécialement pour moi cette pie (tourte aux framboises) qui a malheureusement glissé de mes mains lorsqu'il me l'a offerte. Il s'est écrié : "Oh no! She dropped it!" Et c'est comme ça que j'ai appris le verbe to drop (lâcher). Je l'ai appris par l'expérience d'une magnifique tourte que je n'ai pas pu goûter et dont le plat en verre s'est brisé au sol, dans la rue, en mille morceaux. J'était so sorry! Ce verbe évoquera à jamais cet épisode mémorable pour moi. Mais Lane en a refaite une le lendemain, rien que pour moi, que je n'ai pas eu le droit de porter cette fois, mais dont je me suis délectée et que j'ai bien sûr partagée.

L'année suivante j'ai retravaillé un mois dans le même magasin afin de pouvoir retourner en Angleterre ; mais cette fois chez mon amie jamaïcaine ; je parlais trop français à mon goût dans la famille franco-britannique. J'ai multiplié les visites de musées (The National Gallery, Tower of London, British Museum, Tate Modern...) des quartiers sympas de Londres (Trafalgar Square, Covent Garden, Picadilly Circus, Chinatown, Leicester Square,...), des parcs (Hyde Park...) et bien sûr Harrod's sur Oxford Street, et Buckingdam Palace...

L'année suivante, j'ai été embauchée dans une parfumerie comme vendeuse pour faire des extras régulièrement dans l'année, ce qui m'a permis d'économiser suffisamment d'argent pour partir un mois entier l'été de mon passage en terminale. J'avais longuement hésité entre mon amour de l'anglais et mon amour de l'Art (je passais un bac littéraire avec anglais renforcé et l'option Arts plastiques). Les Beaux-Arts ou une fac d'anglais ? Telles étaient mes deux envies ...

(A suivre...)